#NSS2025 Les États-Unis ont publié début décembre 2025 une nouvelle « National Security Strategy » (NSS) qui redéfinit leurs priorités : recentrage sur l’hémisphère occidental, pression accrue sur les alliés européens, approche plus sélective vis‑à‑vis de la Chine et recentrage sur les intérêts « America First ».
Cette stratégie marque une rupture par rapport à l’orientation 2022 de l’ère Biden, en réactivant une lecture très souverainiste et néo‑monroeiste du rôle des États‑Unis dans le monde.
L’impact en France n’est pas théorique. Il touche directement les contenus que les marques publient, les canaux qu’elles utilisent et les partenariats qu’elles signent.
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La nouvelle doctrine "America First," qui fonde la Stratégie de Sécurité Nationale (NSS) de 2025, est motivée par une approche sélective et transactionnelle de la politique étrangère, se concentrant uniquement sur la protection des intérêts nationaux fondamentaux.

Cette stratégie opère une rupture idéologique majeure avec les doctrines antérieures en rejetant l'idée d'une domination mondiale permanente de l'Amérique et en hiérarchisant de manière stricte les objectifs.
Les priorités stratégiques mondiales de cette nouvelle doctrine sont structurées autour de la sécurité intérieure, de la puissance économique et d'un pivot géographique explicite :
L'hémisphère occidental est élevé au rang de priorité absolue des États-Unis. Ce recentrage vise à garantir la sécurité frontalière et à contrer l'influence étrangère près du territoire national.
La sécurité économique est jugée fondamentale pour la sécurité nationale, l'économie américaine étant considérée comme la base de la position mondiale des États-Unis et le fondement nécessaire de leur puissance militaire.
L'Indo-Pacifique est défini comme le théâtre non-hémisphérique essentiel de la compétition géopolitique. La stratégie vise à gagner l'avenir économique et à prévenir la confrontation militaire.
La relation avec l'Europe est basée sur le principe de la fin du soutien unilatéral des États-Unis à l'ordre mondial, exigeant des alliés qu'ils assument leurs responsabilités.
Les États-Unis cherchent à réduire leur focalisation historique sur le Moyen-Orient et à éviter les "guerres sans fin".
Sur la partie Europe, la NSS 2025 est beaucoup plus politique qu’on ne le croit au premier regard :
Europe = partenaire en déclin, mais toujours stratégique
Le texte acte la fin de la situation où les États-Unis “portent l’ordre mondial sur leurs épaules” : l’Europe doit assumer la charge principale de sa défense, avec comme nouvelle norme la dépense de 5 % du PIB pour la défense (engagement de La Haye).

Pour une entreprise française ou européenne, cette doctrine redessine le terrain de jeu :

Les entreprises ne peuvent plus se contenter d’un storytelling mondial uniforme. La NSS consacre l’idée que les blocs ne partagent plus les mêmes priorités économiques ni les mêmes récits politiques.
Concrètement, pour une entreprise française présente aux US :
En Europe, le socle narratif reste :
Aux États-Unis, le narratif attendu par les décideurs est davantage :
Même produit, même service, mais discours stratégique différent.
Pour rester “politiquement acceptables” dans un contexte America First, les groupes européens ont intérêt à :
Documenter et mettre en scène :
Traduire leurs atouts historiques (innovation, climat, RSE) en langage compatible :
Les directions communication vont devoir concevoir de véritables architectures narratives différenciées :
Noyau global : vision, mission, valeurs fondamentales (respect des droits humains, transparence, éthique, durabilité).
Couches régionales :
Le défi n’est pas cosmétique : il s’agit de tenir ensemble deux mondes politiques qui ne racontent plus la même chose sur l’énergie, le climat, la régulation et la société.

Certaines thématiques utilisées comme leviers d’image en Europe deviennent potentiellement inflammables côté US, dans un contexte de “culture wars” :
Cela implique :
La NSS assume une lecture géopolitique très structurée du monde. Les grandes entreprises n’ont plus le luxe de rester “hors du champ” :
Dans les discours de dirigeants, les rapports intégrés, les entretiens médias, il devient stratégique d’expliquer :
En résumé : la communication corporate doit intégrer une dimension de “géopolitique appliquée”, et pas seulement un discours RSE / innovation.
Les exportations françaises vers les États‑Unis sont dominées par l’aéronautique, les produits pharmaceutiques, les boissons (vin, champagne, cognac) et les produits de luxe, qui représentent ensemble une part significative des flux.
Les groupes de ces secteurs disposent en plus d’investissements industriels massifs et d’emplois sur le sol américain, ce qui les rend particulièrement sensibles aux signaux politiques de Washington.
| Secteur | Exposition éco US (facts) | Effets probables de la NSS 2025 sur marketing & com’ |
|---|---|---|
| Aéronautique | Premier poste d’exportation vers les USA, plusieurs milliards d’euros/an (données diplomatiques France–États-Unis). | Pression pour valoriser emplois et usines aux États-Unis, discours très orienté sécurité / défense / souveraineté, gestion fine dans la communication des tensions techno (ITAR, export-control). |
| Pharma / santé | Poste majeur des exportations françaises vers les USA, avec forte présence industrielle et R&D. | Communication recentrée sur la résilience sanitaire, la sécurité d’approvisionnement, la contribution aux infrastructures de santé américaines, prudence accrue sur les sujets prix, brevets et image « Big Pharma ». |
| Vins & spiritueux | Exportations élevées, secteur emblématique de la relation bilatérale, déjà ciblé par des tarifs à l’import. | Récit renforcé sur l’apport culturel et économique local (emplois dans la distribution, tourisme, horeca US), intégration du risque de surtaxes dans la communication B2B et les actions d’affaires publiques. |
| Luxe (mode, parfums) | Plusieurs milliards d’exportations, forte part de marché US, réseaux omni-canaux très développés. | Adaptation des messages liés aux « valeurs » (inclusion, climat, diversité) au contexte politique américain, préparation à des polémiques culture-war et appels au boycott, narratif plus patriotique côté US (emplois, boutiques, fondations, insertion locale). |
Pour l’aéronautique et la pharma, la priorité est de « sécuriser la licence sociale » aux États‑Unis :
Pour le luxe et les vins & spiritueux, la gestion de la polarisation politique et des risques tarifaires devient centrale :
La stratégie de sécurité nationale de 2025 fusionne la politique économique et la sécurité nationale, signalant aux entreprises que la protection des intérêts nationaux fondamentaux (notamment la sécurité des frontières et la production intérieure) est désormais la force motrice de l'engagement global des États-Unis.
Cet alignement exige que les entreprises adaptent leurs stratégies de chaîne d'approvisionnement et d'investissement pour maximiser les avantages d'une politique résolument orientée vers l'intérieur ("America First")
Parce qu’elle reconfigure l’ordre économique occidental. Les États-Unis basculent vers une logique de souveraineté industrielle, d’énergie abondante et de normes technologiques propres, ce qui fragilise les standards européens.
Même sans présence aux USA, vos partenaires, investisseurs, fournisseurs ou concurrents seront influencés par ce réalignement.
La NSS agit comme un champ gravitationnel : elle redessine les chaînes de valeur mondiales, les règles du commerce et les technologies dominantes. Vous êtes donc concerné par ricochet, via vos marchés, vos coûts, vos régulations et vos récits corporate.
L’inadéquation narrative. Beaucoup d’entreprises européennes continuent de communiquer aux États-Unis avec les codes de l’UE : climat, inclusion, transition, régulation.
Dans un contexte de culture wars et de recentrage souverainiste, ces messages peuvent être interprétés comme politiques, voire hostiles à l’agenda américain.
Le risque n’est pas simplement réputationnel : il influence l’obtention de contrats publics, l’acceptabilité sociale de vos implantations, voire votre exposition à des campagnes de boycott instrumentalisées. Le premier risque n’est donc pas commercial, mais culturel.
En assumant une parole beaucoup plus stratégique. Les dirigeants doivent désormais montrer comment leur entreprise contribue à la souveraineté énergétique, technologique ou industrielle des pays où elle opère.
Ce n’est plus un récit de responsabilité sociétale, mais un récit de stabilité, de résilience et de sécurité économique.
Votre parole doit intégrer explicitement les sujets : chaînes d’approvisionnement, autonomie technologique, cybersécurité, talent management, ancrage local.
La priorité absolue est la sécurisation et la croissance de la base industrielle et manufacturière américaine.
Cultiver la force industrielle américaine doit devenir la priorité absolue de la politique économique nationale.
L'objectif est de reconstruire une économie où la prospérité est largement partagée, et non concentrée.
Cela se traduira par des efforts de réindustrialisation et de « rapatriement » (re-shoring) de la production industrielle, en mettant l'accent sur les secteurs technologiques critiques et émergents
L'Hémisphère Occidental est désormais la priorité géographique la plus élevée des États-Unis.
Les entreprises devraient anticiper un engagement accru par le biais de la diplomatie commerciale, où le gouvernement cherchera à renforcer les chaînes d'approvisionnement critiques dans la région et à augmenter la résilience économique américaine.
Le gouvernement américain s'engage à aider les entreprises américaines à concurrencer et à réussir, notamment en identifiant des opportunités d'acquisition et d'investissement stratégiques (y compris dans les infrastructures énergétiques et l'accès aux minéraux critiques).
Les États-Unis utiliseront le principe de la « Fairness » (Équité) pour insister sur des relations réciproques et des transactions mutuellement avantageuses.
Le gouvernement priorisera le rééquilibrage des relations commerciales, la réduction des déficits commerciaux, et l'arrêt du dumping et des pratiques anticoncurrentielles.
Les tarifs douaniers et les accords commerciaux réciproques sont définis comme des outils puissants pour renforcer l'économie nationale et les industries
Le gouvernement US vise à maintenir la domination dans les technologies de pointe, en particulier l'Intelligence Artificielle (IA), la biotechnologie et l'informatique quantique.
La suprématie scientifique et technologique est un pilier de la dominance économique continue et de la supériorité militaire des États-Unis.
De plus, le maintien de la prééminence économique et technologique est considéré comme le moyen le plus sûr de dissuader et de prévenir un conflit militaire à grande échelle à long terme.
La restauration de la dominance énergétique américaine (pétrole, gaz, charbon et nucléaire) et le rapatriement des composants énergétiques clés constituent une priorité stratégique de premier plan.
Une énergie abondante et bon marché est censée alimenter la réindustrialisation, créer des emplois bien rémunérés et réduire les coûts pour les entreprises américaines et les consommateurs.
L'expansion des exportations nettes d'énergie renforcera également les relations avec les alliés et réduira l'influence des adversaires
Votre matrice de valeur. Jusqu’ici, le cœur du marketing consistait à démontrer la supériorité fonctionnelle ou émotionnelle d’un produit.
Désormais, il faut démontrer son utilité géopolitique :
Le marketing redevient un outil de positionnement stratégique : un espace où se jouent souveraineté, identité et acceptabilité sociétale.
Président d’Influa, Jérôme Libes accompagne les directions générales, marketing et communication dans la construction et la mise en place d'une stratégie digitale de marque.
Il pense les marques comme des systèmes vivants dans le temps et l'espace. Il articule vision, design des interactions et gouvernance des contenus. Son approche relie culture, data et usage. Elle vise l’utile : des dispositifs qui éclairent, structurent et durent. Il intervient sur des enjeux de transformation, d’alignement narratif et d’efficacité digitale.
Nous aidons les dirigeants à clarifier leurs positions stratégiques et géopolitiques, à maîtriser les zones de sensibilité politique et culturelle, et à élaborer des narratifs capables de tenir simultanément les attentes européennes et américaines.